1. Deux descriptions du même atome
Description classique
Une particule suit une trajectoire
On imagine l’électron comme un petit objet ponctuel. À chaque instant, il possède une position
\((x,y,z)\) et une vitesse. La force électrique du proton courbe sa trajectoire.
Objet recherché : la trajectoire \(x(t),y(t),z(t)\).
Description quantique
Une fonction d’onde décrit l’état
On ne cherche plus une trajectoire précise. On cherche une fonction d’onde
\(\psi(x,y,z,t)\), dont le module carré \(|\psi|^2\) donne une densité de probabilité de présence.
Objet recherché : la fonction d’onde \(\psi\) et les énergies permises.
Point essentiel : une orbitale quantique n’est pas une orbite. Une ellipse classique est une courbe suivie dans le temps ;
une orbitale est une distribution spatiale de probabilité.
2. Comprendre simplement les dérivées
Une dérivée mesure une vitesse de variation. Elle indique comment une grandeur change
lorsque l’on fait varier une autre grandeur.
| Notation | Lecture simple | Exemple physique |
| \(\dfrac{dx}{dt}\) |
Vitesse de variation de \(x\) avec le temps. |
C’est la composante \(v_x\) de la vitesse. |
| \(\dfrac{d^2x}{dt^2}\) |
Vitesse de variation de la vitesse \(dx/dt\). |
C’est la composante \(a_x\) de l’accélération. |
| \(\dfrac{\partial^2\psi}{\partial x^2}\) |
Mesure la courbure de \(\psi\) suivant la direction \(x\). |
Une forte courbure spatiale contribue à l’énergie cinétique quantique. |
On écrit souvent \(d/dt\) lorsque la grandeur dépend essentiellement d’une variable, ici le temps.
On écrit \(\partial/\partial x\) lorsque la fonction dépend de plusieurs variables, par exemple
\(\psi(x,y,z)\).
3. Comparaison en coordonnées cartésiennes \((x,y,z)\)
On suppose le proton immobile à l’origine \(O\), et l’électron de masse \(m_e\) situé au point
\((x,y,z)\). On pose
\[
r=\sqrt{x^2+y^2+z^2}.
\]
Newton
Deuxième loi de Newton
La force électrostatique attractive est dirigée vers le proton :
\[
\begin{aligned}
m_e\frac{d^2x}{dt^2}&=-\frac{e^2}{4\pi\varepsilon_0}\frac{x}{(x^2+y^2+z^2)^{3/2}},\\[4pt]
m_e\frac{d^2y}{dt^2}&=-\frac{e^2}{4\pi\varepsilon_0}\frac{y}{(x^2+y^2+z^2)^{3/2}},\\[4pt]
m_e\frac{d^2z}{dt^2}&=-\frac{e^2}{4\pi\varepsilon_0}\frac{z}{(x^2+y^2+z^2)^{3/2}}.
\end{aligned}
\]
Ces trois équations donnent l’accélération de l’électron à chaque instant. Avec une position et
une vitesse initiales, elles déterminent une trajectoire.
Schrödinger
Équation stationnaire de Schrödinger
\[
-\frac{\hbar^2}{2m_e}
\left(
\frac{\partial^2\psi}{\partial x^2}
+\frac{\partial^2\psi}{\partial y^2}
+\frac{\partial^2\psi}{\partial z^2}
\right)
-\frac{e^2}{4\pi\varepsilon_0\sqrt{x^2+y^2+z^2}}\,\psi
=E\psi.
\]
Le premier terme représente l’énergie cinétique quantique, le second l’énergie potentielle
coulombienne, et \(E\) est une énergie permise de l’atome.
Constantes utilisées en unités SI
| \(m_e\) | masse de l’électron, en kilogrammes (kg) |
| \(e\) | valeur absolue de la charge élémentaire, en coulombs (C) |
| \(\varepsilon_0\) | permittivité électrique du vide, en farads par mètre (F·m\(^{-1}\)) |
| \(\hbar\) | constante de Planck réduite, en joules secondes (J·s) |
| \(E\) | énergie, en joules (J) |
4. Même comparaison en coordonnées polaires sphériques
Pour un atome, la symétrie autour du noyau rend naturelles les coordonnées sphériques :
\(r\) est la distance au noyau, \(\theta\) l’angle mesuré depuis l’axe \(z\), et \(\varphi\) l’angle autour de cet axe.
Mouvement plan
Newton en coordonnées polaires \((r,\varphi)\)
Une orbite classique sous force centrale reste dans un plan. Dans ce plan :
\[
m_e\left(\frac{d^2r}{dt^2}-r\left(\frac{d\varphi}{dt}\right)^2\right)
=-\frac{e^2}{4\pi\varepsilon_0r^2},
\]
\[
m_e\left(r\frac{d^2\varphi}{dt^2}
+2\frac{dr}{dt}\frac{d\varphi}{dt}\right)=0.
\]
La première équation décrit le mouvement radial. La seconde exprime la conservation du moment cinétique.
Symétrie sphérique
Schrödinger en coordonnées \((r,\theta,\varphi)\)
\[
-\frac{\hbar^2}{2m_e}
\left[
\frac{1}{r^2}\frac{\partial}{\partial r}
\left(r^2\frac{\partial\psi}{\partial r}\right)
+\frac{1}{r^2\sin\theta}\frac{\partial}{\partial\theta}
\left(\sin\theta\frac{\partial\psi}{\partial\theta}\right)
+\frac{1}{r^2\sin^2\theta}\frac{\partial^2\psi}{\partial\varphi^2}
\right]
-\frac{e^2}{4\pi\varepsilon_0r}\psi
=E\psi.
\]
Cette écriture sépare naturellement la dépendance radiale et la dépendance angulaire de la fonction d’onde.
5. Comparer une orbite elliptique et l’orbitale quantique \(2p_z\)
5.1 En coordonnées cartésiennes
Solution classique
Ellipse dans le plan \(z=0\)
Pour une énergie mécanique négative, la trajectoire de Kepler est une ellipse. En plaçant le proton
à l’un des foyers, à l’origine, une écriture possible est :
\[
\frac{(x+ae)^2}{a^2}+\frac{y^2}{a^2(1-e^2)}=1,
\qquad z=0.
\]
\(a\) est le demi-grand axe et \(e\) l’excentricité, avec \(0\leq e<1\).
Cette équation décrit une courbe dans l’espace.
Solution quantique
Fonction d’onde \(2p_z\)
Pour l’atome d’hydrogène, l’orbitale \(2p_z\) s’écrit en coordonnées cartésiennes :
\[
\psi_{210}(x,y,z)=
\frac{1}{4\sqrt{2\pi}\,a_0^{5/2}}
z\,\exp\!\left(-\frac{\sqrt{x^2+y^2+z^2}}{2a_0}\right).
\]
\(a_0\) est le rayon de Bohr, exprimé en mètres. Cette expression décrit un champ de valeurs
dans tout l’espace, et non une trajectoire.
5.2 En coordonnées polaires
Ellipse polaire
La même orbite elliptique, avec le proton au foyer, s’écrit :
\[
r(\varphi)=\frac{p}{1+e\cos\varphi}
=\frac{a(1-e^2)}{1+e\cos\varphi}.
\]
Pour chaque direction \(\varphi\), cette formule donne la distance \(r\) entre le proton et l’électron sur l’orbite.
Orbitale sphérique
La même fonction d’onde \(2p_z\) s’écrit :
\[
\psi_{210}(r,\theta,\varphi)=
\frac{1}{4\sqrt{2\pi}\,a_0^{3/2}}
\left(\frac{r}{a_0}\right)
\exp\!\left(-\frac{r}{2a_0}\right)
\cos\theta.
\]
Elle ne dépend pas de \(\varphi\) : l’orbitale possède une symétrie de révolution autour de l’axe \(z\).
Le facteur \(\cos\theta\) change de signe lorsqu’on traverse le plan \(z=0\).
Comparaison à retenir :
l’ellipse classique donne une relation entre les coordonnées des points d’une trajectoire ;
la fonction \(2p_z\) donne une amplitude quantique en chaque point de l’espace.
6. Les trois nombres quantiques
La résolution de l’équation de Schrödinger pour l’atome d’hydrogène fait apparaître trois nombres quantiques
qui repèrent les états spatiaux :
| Nombre | Rôle simple | Pour \(2p_z\) |
| \(n\) | Nombre quantique principal : taille générale et niveau d’énergie. | \(n=2\) |
| \(\ell\) | Nombre quantique orbital : forme angulaire générale. | \(\ell=1\), donc une orbitale \(p\) |
| \(m\) | Nombre quantique magnétique : orientation de la dépendance angulaire. | \(m=0\), ce qui conduit à \(p_z\) |
À chaque état stationnaire \((n,\ell,m)\) est associée une énergie \(E\). Dans le modèle idéal de l’atome
d’hydrogène, sans structure fine ni champ extérieur, cette énergie dépend seulement de \(n\) :
\[
E_n=-\frac{m_e e^4}{2(4\pi\varepsilon_0)^2\hbar^2}\frac{1}{n^2}.
\]
Plusieurs états ayant des valeurs différentes de \(\ell\) et de \(m\) peuvent donc posséder la même énergie.
Les pages suivantes de QuantumLab détailleront la signification de ces nombres, les orbitales, les niveaux
d’énergie, le spin et les corrections plus fines.
7. Résumé en une phrase
La mécanique classique calcule la trajectoire d’un électron soumis à une force ; la mécanique quantique
calcule une fonction d’onde et des énergies permises, puis en déduit les probabilités d’observation.