Que deviennent les quatre états \(g^2\), \(gu\) singulet, \(gu\) triplet et \(u^2\) dans la description de Heitler–London ?

Les quatre états construits avec les orbitales moléculaires \(g\) et \(u\) ont une réalité physique dans la base minimale. Mais la méthode de Heitler–London, dans sa forme la plus simple, ne conserve que deux états covalents : un singulet liant et un triplet répulsif. Les deux autres directions de l'espace des états correspondent essentiellement aux configurations ioniques.

1. Orbitales moléculaires \(g\) et \(u\)

Dans une base minimale formée des deux orbitales atomiques \(A\) et \(B\), on écrit

\[ g=\frac{A+B}{\sqrt{2(1+S)}}, \qquad u=\frac{A-B}{\sqrt{2(1-S)}}. \]

Pour comprendre la correspondance avec Heitler–London, on peut d'abord ignorer les facteurs de normalisation et retenir seulement

\[ g\propto A+B, \qquad u\propto A-B. \]

2. Les quatre états dans la base moléculaire

Avec deux électrons, la base \(g/u\) permet les quatre états spatiaux suivants :

État Spin Interprétation simple
\(g^2\) Singulet Les deux électrons occupent l'orbitale liante \(g\).
\(gu\) singulet Singulet Un électron dans \(g\), un dans \(u\), avec partie spatiale symétrique.
\(gu\) triplet Triplet Un électron dans \(g\), un dans \(u\), avec partie spatiale antisymétrique.
\(u^2\) Singulet Les deux électrons occupent l'orbitale antiliante \(u\).

3. Développer \(g^2\) et \(u^2\) dans la base atomique

On obtient, à un facteur de normalisation près :

\[ g(1)g(2) \propto [A(1)+B(1)][A(2)+B(2)]. \]

Donc

\[ g^2 \propto AA+AB+BA+BB. \]

De même,

\[ u(1)u(2) \propto [A(1)-B(1)][A(2)-B(2)], \] d'où \[ u^2 \propto AA-AB-BA+BB. \]

En combinant les deux :

\[ g^2-u^2 \propto AB+BA, \] et \[ g^2+u^2 \propto AA+BB. \]
Ainsi, le singulet covalent de Heitler–London n'est pas identique à \(g^2\). Il correspond à une combinaison de \(g^2\) et de \(u^2\) : \[ \boxed{ \Psi_{\mathrm{HL},S} \propto g^2-u^2 } \] Cette combinaison élimine les configurations ioniques \(AA\) et \(BB\).

4. Le triplet \(gu\)

La partie spatiale antisymétrique du triplet est

\[ \Psi_{gu,T}^{\mathrm{espace}} = \frac{ g(1)u(2)-u(1)g(2) }{\sqrt2}. \]

En utilisant \(g\propto A+B\) et \(u\propto A-B\), on trouve

\[ g(1)u(2)-u(1)g(2) \propto AB-BA. \]

Donc

\[ \boxed{ \Psi_{\mathrm{HL},T} \propto AB-BA \equiv gu\ \text{triplet} } \]
Le triplet de Heitler–London correspond directement au triplet \(gu\) de la base moléculaire minimale. Il ne contient aucune configuration ionique.

5. Le singulet \(gu\)

La partie spatiale symétrique du singulet ouvert est

\[ \Psi_{gu,S}^{\mathrm{espace}} = \frac{ g(1)u(2)+u(1)g(2) }{\sqrt2}. \]

En développant :

\[ g(1)u(2)+u(1)g(2) \propto AA-BB. \]

Donc

\[ \boxed{ gu\ \text{singulet} \propto AA-BB } \]

Cet état est essentiellement une combinaison ionique antisymétrique :

\[ \mathrm H^-_A\mathrm H^+_B - \mathrm H^+_A\mathrm H^-_B. \]

Il n'appartient pas à la forme covalente minimale de Heitler–London.

6. Que devient \(g^2+u^2\) ?

Comme vu plus haut :

\[ g^2+u^2 \propto AA+BB. \]

Cette combinaison correspond à la combinaison ionique symétrique :

\[ \mathrm H^-_A\mathrm H^+_B + \mathrm H^+_A\mathrm H^-_B. \]

Elle est également absente de la forme simple de Heitler–London.

7. Tableau complet de correspondance

Base moléculaire Base atomique localisée Nature Présent dans HL minimal ?
\(g^2-u^2\) \(AB+BA\) Covalent, singulet, liant Oui
\(gu\) triplet \(AB-BA\) Covalent, triplet, répulsif Oui
\(g^2+u^2\) \(AA+BB\) Ionique symétrique, singulet Non
\(gu\) singulet \(AA-BB\) Ionique antisymétrique, singulet Non

8. Les quatre états ont-ils une réalité physique ?

Oui, dans la base minimale \(1s_A,1s_B\), les quatre directions sont bien des états possibles du système électronique.

Mais il faut distinguer :

Les états ioniques sont réels comme configurations quantiques, mais leur énergie est plus élevée à grande distance. Ils peuvent néanmoins contribuer à la fonction d'onde exacte près de la distance d'équilibre.

9. Pourquoi Heitler–London ne conserve-t-elle que deux états ?

La méthode de Heitler–London élémentaire est conçue pour décrire directement la liaison covalente :

\[ AB+BA \]

et l'état triplet covalent :

\[ AB-BA. \]

Elle omet les deux configurations où les deux électrons sont sur le même atome :

\[ AA, \qquad BB. \]
Il ne faut donc pas dire que les quatre états \(g/u\) « deviennent » deux états. Il faut dire que l'espace complet à quatre états se décompose en :

10. Résumé essentiel

\[ \boxed{ \Psi_{\mathrm{HL},S} \propto AB+BA \propto g^2-u^2 } \] \[ \boxed{ \Psi_{\mathrm{HL},T} \propto AB-BA \equiv gu\ \text{triplet} } \] \[ \boxed{ AA+BB \propto g^2+u^2 } \] \[ \boxed{ AA-BB \propto gu\ \text{singulet} } \]

Les quatre états de la base moléculaire ont donc une signification physique. La méthode de Heitler–London minimale ne garde que les deux combinaisons covalentes et laisse de côté les deux combinaisons ioniques.

Remarque : les égalités ci-dessus sont données à des facteurs de normalisation près. Lorsque le recouvrement \(S\neq0\), les coefficients exacts contiennent les facteurs \(\sqrt{1\pm S}\) et \(\sqrt{1\pm S^2}\), mais la structure physique des correspondances reste la même.