La méthode de Heitler–London est-elle exacte ?

Réponse courte : non. La limitation de Heitler–London ne provient pas uniquement de l'utilisation d'une base atomique réduite à l'orbitale \(1s\). Même avec une base infiniment bonne, la forme de la fonction d'onde reste approximative.

1. Une base parfaite ne rendrait pas Heitler–London exacte

Supposons que l'on remplace l'orbitale atomique simple

\[ \phi_{1s}=e^{-r} \]

par la meilleure orbitale atomique possible, obtenue dans une base infinie.

On pourrait penser que la méthode deviendrait alors exacte. Pourtant ce n'est pas le cas, car la fonction d'onde reste limitée à

\[ \Psi= c_1\,\phi_A(1)\phi_B(2) + c_2\,\phi_B(1)\phi_A(2). \]

Elle ne contient donc que les deux configurations covalentes.

2. Ce qui manque : les configurations ioniques

La fonction d'onde exacte contient également les configurations

\[ \phi_A(1)\phi_A(2), \qquad \phi_B(1)\phi_B(2), \]

qui correspondent respectivement à

\[ \mathrm H^-+\mathrm H^+, \qquad \mathrm H^++\mathrm H^-. \]

Ce sont les configurations ioniques.

Heitler–London les élimine volontairement.

À grande distance, ce choix est excellent : lorsque \[ R\rightarrow\infty, \] la molécule doit se dissocier en deux atomes neutres \[ \mathrm H+\mathrm H, \] et non en une paire d'ions.

En revanche, près de la distance d'équilibre, les configurations ioniques participent légèrement à la fonction d'onde exacte. Leur omission empêche Heitler–London d'atteindre l'énergie exacte.

3. Ce que contient la fonction d'onde exacte

Schématiquement, la fonction exacte ressemble davantage à

\[ \Psi = c_C(AB+BA) + c_I(AA+BB) +\cdots \]

où :

4. Quelle méthode devient exacte ?

La méthode qui converge vers la solution exacte (dans l'approximation de Born–Oppenheimer) est la Configuration Interaction complète (Full CI).

\[ \Psi=\sum_i c_i\,\Phi_i, \]

où les \(\Phi_i\) sont tous les déterminants construits avec la base choisie.

Lorsque cette base devient complète, Full CI converge vers la solution exacte de l'équation de Schrödinger non relativiste.

5. Place de Heitler–London parmi les méthodes

Méthode Configurations covalentes Configurations ioniques Corrélation électronique
Hartree–Fock (orbitales moléculaires)
Heitler–LondonPartiellement (effet d'échange)
Valence Bond modernePartiellement
Configuration Interaction (CI)
Full CI✓ (exacte dans la base)

6. Un point remarquable

La méthode de Heitler–London décrit beaucoup mieux la dissociation de \(H_2\) qu'une fonction Hartree–Fock à un seul déterminant.

Lorsque

\[ H_2\longrightarrow H+H, \]

la fonction de Heitler–London devient naturellement

\[ \phi_A(1)\phi_B(2)+\phi_B(1)\phi_A(2), \]

c'est-à-dire deux atomes neutres.

En revanche, une fonction Hartree–Fock simple conserve un mélange artificiel de configurations ioniques et décrit mal cette limite. C'est l'une des raisons historiques qui ont fait le succès de la méthode de Heitler et London.

Conclusion. Heitler–London n'est donc pas une méthode exacte, même avec une base atomique parfaite. Son approximation fondamentale est de limiter la fonction d'onde aux seules configurations covalentes. Cette approximation lui donne une excellente description de la dissociation, mais l'empêche de reproduire exactement l'énergie de la molécule autour de sa distance d'équilibre.