Interprétation physique des intégrales \(J\) et \(K\)

Ce que représentent les intégrales à deux électrons lorsque les noyaux sont très éloignés

1. Les briques atomiques \(U\) et \(V\)

1.1 Répulsion locale \(U\)

\[ U=(AA|AA)= \iint \frac{|\phi_A(1)|^2|\phi_A(2)|^2}{r_{12}} \,d\tau_1d\tau_2. \]

Cette intégrale mesure la répulsion de deux distributions électroniques occupant la même orbitale atomique \(1s\). Elle vaut :

\[ U=\frac58E_h. \]
\(U\) est le coût coulombien associé à la présence de deux électrons dans le même nuage atomique.

1.2 Interaction interatomique \(V\)

\[ V=(AA|BB)= \iint \frac{|\phi_A(1)|^2|\phi_B(2)|^2}{r_{12}} \,d\tau_1d\tau_2. \]

À grande distance, chaque nuage se comporte comme une charge ponctuelle et :

\[ V\simeq\frac1R. \]
\(V\) est la répulsion électrostatique entre deux nuages localisés sur des atomes différents.

2. Pourquoi la base \(g/u\) change l'interprétation

\[ \phi_g\simeq\frac{\phi_A+\phi_B}{\sqrt2}, \qquad \phi_u\simeq\frac{\phi_A-\phi_B}{\sqrt2}. \]

Même lorsque \(R\to\infty\), ces orbitales restent réparties sur les deux noyaux :

\[ |\phi_g|^2\simeq|\phi_u|^2\simeq \frac12(|\phi_A|^2+|\phi_B|^2). \]

La délocalisation ne disparaît donc pas dans cette base.

3. Interprétation de \(J\)

\[ J\simeq\frac{U+V}{2}. \]

Cette expression contient :

\[ J=\frac12\,(\text{interaction locale}) +\frac12\,(\text{interaction entre centres}). \]

4. Interprétation de \(K\)

\[ K\simeq\frac{U-V}{2}. \]

Le produit \(\phi_g\phi_u\) est une distribution signée :

\[ \phi_g\phi_u=\frac12(\phi_A^2-\phi_B^2). \]

Son auto-interaction coulombienne produit un terme local positif \(U/2\) et un terme interatomique négatif \(-V/2\).

5. Pourquoi \(K\) ne tend pas vers zéro

L'intégrale atomique d'échange \((AB|BA)\) contient le produit \(\phi_A\phi_B\), qui disparaît avec le recouvrement.

En revanche :

\[ K_{gu}=(gu|ug) \]

contient :

\[ \phi_g\phi_u=\frac12(\phi_A^2-\phi_B^2), \]

qui reste fini même lorsque les atomes sont éloignés.

\[ \boxed{K_{gu}\longrightarrow\frac{U}{2}=\frac{5}{16}E_h}. \]
Il faut distinguer l'échange atomique \((AB|BA)\), qui tend vers zéro, de l'intégrale moléculaire \(K_{gu}\), qui reste finie dans la base délocalisée.

6. Le résultat le plus révélateur

\[ J-K= \frac{U+V}{2}-\frac{U-V}{2}=V. \]

Donc :

\[ \boxed{J-K\simeq\frac1R}. \]
Pour \(R=40a_0\) : \[ J-K=0{,}68041\ \mathrm{eV}, \qquad \frac1R E_h=0{,}68029\ \mathrm{eV}. \] Cette concordance valide directement la restitution numérique de l'interaction entre densités éloignées.

7. Conséquence pour la dissociation de \(H_2\)

\[ \phi_g(1)\phi_g(2) = \frac12[ \phi_A(1)\phi_A(2) +\phi_A(1)\phi_B(2) +\phi_B(1)\phi_A(2) +\phi_B(1)\phi_B(2)]. \]

Les termes \(AA\) et \(BB\) sont ioniques.

\[ \phi_u(1)\phi_u(2) = \frac12[ \phi_A(1)\phi_A(2) -\phi_A(1)\phi_B(2) -\phi_B(1)\phi_A(2) +\phi_B(1)\phi_B(2)]. \]

La combinaison adaptée :

\[ \phi_g(1)\phi_g(2)-\phi_u(1)\phi_u(2) = \phi_A(1)\phi_B(2)+\phi_B(1)\phi_A(2) \]

annule les termes ioniques et conserve les termes covalents.

La bonne dissociation de \(H_2\) exige donc un mélange des configurations \((1\sigma_g)^2\) et \((1\sigma_u)^2\), ce qui conduit naturellement à l'interaction de configurations (CI).